Vampires, décadence, catch mexicain… Nicolas Winding Refn commente sa carte blanche à la Cinémathèque

cinema / 15 mars 2019

Le réalisateur de Drive programme certains de ses films fétiches dans le cadre du festival Toute la mémoire du monde.

Nicolas Winding Refn est de passage à Paris. En tant que parrain du festival Toute la mémoire du monde (qui se tient du 13 au 17 mars à la Cinémathèque française et dans une poignée d’autres lieux de la capitale), il montre certains de ses films fétiches, choisis pour leur résonance avec ses propres longs, de Pusher à The Neon Demon. NWR sera également la star d’une « Nuit Refn », le samedi 16 mars, en écho au lancement de la version française du site byNWR.com – sa plateforme dédiée au cinéma underground, un geste de mécène punk que le dandy danois a initié il y a peu, où il propose gratuitement des pépites oubliées du cinéma bis, remises dans leur contexte culturel par un accompagnement graphique, artistique et intellectuel de haute volée. En attendant d’aller vous goinfrer de cinéma dans ce musée virtuel, ou à la Cinémathèque lors de ces séances événementielles, Nicolas Winding Refn commente ici même sa carte blanche :

Fat City (John Huston, 1971)
Film de boxe avec Stacy Keach et Jeff Bridges, l’un des plus beaux réalisés par John Huston dans les 70’s.

« C’est le premier film que j’ai vu au cinéma, à six ans. A cet âge-là, normalement, on va voir les Schtroumpfs ou un Disney… Ça m’a accompagné toute ma vie et, d’une certaine façon, on peut voir l’influence de Fat City dans mon premier film, Pusher. Le goût de l’observation, l’importance de l’atmosphère, la dimension documentaire… Et une forme de fatalisme, aussi. »

Fat City
Wild Side Video

Les Prédateurs (Tony Scott, 1983)
Premier film de Tony Scott, un manifeste esthétique pour les années 80.

« Quand j’étais jeune, à New York, j’allais voir ce film au Cinema Village ; ils le passaient en double programme avec L’Homme qui venait d’ailleurs, c’était la soirée Bowie. Du pur cinéma fétichiste. Dans Drive, j’en ai retenu l’idée de l’esthétique comme force motrice du film. »

Caligula (Tinto Brass, 1977)
Péplum scandaleux, produit par le propriétaire de Penthouse, avec Malcolm McDowell.

« J’adore l’idée de vouloir faire un film comme ça, vulgaire, pervers, excessif, de mauvais goût, avec cette ampleur et ce faste. C’est vraiment fascinant. Tellement extrême que ça en devient époustouflant. »

Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! (Russ Meyer, 1966)
Le chef-d’œuvre de Russ Meyer, totem absolu du cinéma bis.

« Un des films que j’ai fait découvrir à Elle Fanning avant le tournage de The Neon Demon, avec Valley of the Dolls et Beyond the Valley of the Dolls. J’ai toujours aimé Russ Meyer, c’est génial de revoir Faster, Pussycat dans le contexte actuel des débats sur le genre (gender). Ça nous rappelle qu’il y a eu ces films très progressifs, très flamboyants, vraiment uniques… Des films qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui ! »

Marée Nocturne / Night Tide (Curtis Harrington, 1961)
A Santa Monica, Dennis Hopper tombe amoureux d’une sirène.

« J’ai un peu connu Curtis Harrington. Le négatif de Night Tide était tellement détérioré que j’ai dit à l’équipe de byNWR qu’il fallait sauver ce film. On l’a envoyé au laboratoire Hiventy, à Paris, qui l’a restauré plan par plan. C’est une restauration magnifique. Je l’ai fait comme un geste personnel pour Curtis qui, à la fin de sa vie, était un homme très triste, miné par beaucoup de souffrances, beaucoup d’échecs. »

Night Tide
byNWR.com

Spring Night, Summer Night (Joseph L. Anderson, 1967)
Amours incestueuses dans les Appalaches.

« C’est un membre de l’équipe de byNWR.com qui m’a alerté sur ce film. Il me l’a présenté comme une espèce de classique perdu, jamais vraiment sorti en salles. Un emblème de la Nouvelle Vague américaine. J’ai acheté le film sans l’avoir vu, et c’est effectivement assez incroyable. Un bon exemple du genre de films qu’on peut voir sur notre site. »

The Maidens of Fetish Street (Saul Resnick, 1966)
Film culte, à mi-chemin entre la sexploitation et l’avant-garde.

C’était un film sur le point de disparaître, dont il ne restait plus qu’une seule copie en circulation. Je l’ai découvert récemment et… wow ! Mon cerveau a explosé. »

Santo contre l’esprit du mal (Joselito Rodriguez, 1961)
Premier film du catcheur mexicain mythique El Santo.

« J’ai été contacté par quelqu’un au Mexique, un membre de la famille qui produisait les films de Santo. Il voulait savoir si je voulais acheter les deux premiers de la série… Yeah, bien sûr ! Fantastique ! C’est une pièce maîtresse de l’histoire pop-culturelle du Mexique et je suis très fier de montrer ça à Paris. »

Nuit Nicolas Winding Refn, samedi 16 mars à la Cinémathèque, dans le cadre du festival Toute la mémoire du monde.

Source: Première